Hulot donne son feu vert au projet de contournement Est de Rouen

Après 40 années de rebondissements et de controverses, le projet de contournement Est de Rouen a été déclaré d’utilité publique jeudi 16 novembre 2017 au Journal officiel. Ce qui ouvre la voie aux expropriations...

Lancé dans les années 1970, le projet de contournement routier de Rouen a muté en une autoroute à péage de 40 kilomètres de long et 300 mètres de large. Validé au nom du « développement économique » et du désengorgement de Rouen, le projet menace paysages, fermes et terres agricoles, biodiversité, ressource en eau…

Le projet, estimé à 890 millions d’euros hors taxe, suscite une vive opposition locale de la part des élus communistes et écologistes, et son financement n’est pas encore bouclé.

Le contournement Est de Rouen — autrement appelé liaison A28-A13, du nom des deux autoroutes qui bordent l’agglomération au nord et au sud — a été lancé sous l’égide du maire centre-droit de la ville de l’époque, Jean Lecanuet. Le projet est toujours soutenu aujourd’hui par les socialistes à la municipalité comme à la métropole. Là-dessus, ils savent s’entendre.

En 2005, un débat public est organisé. Il est alors question d’une rocade, sans péage, afin de désengorger le centre-ville rouennais et faciliter sa desserte. Mais quelques années plus tard, le tracé originel, qui prévoyait de couper à travers une zone Natura 2000, est abandonné pour sauvegarder la violette de Rouen, une espèce endémique et protégée.

En 2014, c’est au tour d’une concertation publique, avec sa floppée de réunions publiques et ses documents officiels livrés à consultation. 60 % d’avis défavorables pour seulement 22 % de favorables sur les 2.858 observations recensées, ce qui donne...un avis favorable le 9 septembre dernier. Parce que quand même, la « garantie de confort de conduite » et « la sécurité routière [qui] s’en trouvera améliorée », ça se passe de l’avis des gens directement concernés.

On a pu lire dans un courrier de conseillers départementaux de Seine-Maritime en date de juin 2016 : "Cette infrastructure décidée par les autorités publiques, voulue par les acteurs économiques, se fera."

Urbanisation et expropriations

Le projet occuperait 516 hectares dont la moitié sont des terres agricoles et 146 hectares sont des espaces boisés classés. Ce serait également 87 hectares de milieux naturels qui seraient détruits.

Il y aurait également un risque de contamination des eaux, puisque le tracé de l’autoroute passe sur les sources de captage de la réserve qui alimente 300.000 des 486.000 habitants de l’agglomération rouennaise. Les hydrocarbures ou les poussières toxiques générées par le trafic pourraient s’infiltrer.

Les autorités promettent, comme à leur habitude, la compensation des destructions, selon la règle « Eviter-Réduire-Compenser ».

Parmi les exploitations agricoles qui sont menacées par le projet, "Saveur sauvage", une exploitation bio de plantes sauvages, menée par Thomas Bertoncini et Myriam Jouanny à Montmain, petit village de 1.500 habitants niché dans le vallon du Vexin. Le botaniste de formation y recense plus de 160 plantes différentes, dont 9 plantes patrimoniales, parmi lesquelles la phalangère rameuse, qui font de cette pelouse calcicole « un petit joyau écologique ». Mais il semblerait que le coup de la violette ne marche qu’une fois.

Au lieu de pencher vers la réduction du trafic routier en privilégiant le ferroviaire, ce nouvel axe va encourager le trafic automobile, estimé entre 20.000 et 30.000 véhicules par jour. C’est pas comme si Rouen ne s’était pas déjà fait remarquer en 2012 par son taux de particules et d’ozone supérieur aux valeurs de l’OMS. La Haute-Normandie est d’ailleurs classée première région émettrice de gaz à effet de serre, notamment à cause de la densité de ses industries pétrochimiques.

Un collectif d’opposants contre la liaison A28-A13 s’est monté qui regroupe, aux côtés des communes et des formations politiques d’EELV, du PCF et du NPA, plusieurs acteurs associatifs tels qu’Attac, Alternatiba, Greenpeace ou la Confédération paysanne. « Le lobby de la route peut dire merci, les grandes déclarations de la COP21 n’étaient là que pour les gogos. Ainsi, Alstom fermerait faute de commandes de locomotives. Il y a moins de transport par le train que jamais, mais les autoroutes recevront encore plus de camions ! » annonce le tract d’invitation.

Source : Reporterre

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