Expulsion de Notre-Dame-des-Landes : Serons-nous à la hauteur ?

Alors que le compte à rebours pour l’expulsion de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) semble désormais enclenché, serons-nous présents pour empêcher par tous les moyens l’expulsion de la Zone et au-delà bloquer la construction de l’aéroport par le groupe Vinci ?

Il semble que nous y sommes

De nombreux gouvernements s’y sont cassés les dents. Après des années de communications, d’occupations partielles par les flics du territoire de la ZAD, de coups tordus, d’expulsion et de tentatives d’expulsions, de propagande, de référendum, de concertations, l’État a semble t-il décidé d’expulser les occupant.es de la Zone à Défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes.

Cela fait déjà quelques jours que le premier Ministre joue la com’. Il a d’abord reçu les protagonistes de différents bords puis il est allé pavoiser sur place (où il s’est d’ailleurs bien gardé d’annoncer sa venue en avance. Avait-il peur que l’accueil soit plus... sportif ?).
Il joue le faux suspens car, à chaque intervention médiatique, lui comme Collomb [1] n’ont cessé de répéter qu’il faudrait, quel que soit la décision par rapport à la construction de l’aéroport, expulser les zadistes, les "éléments les plus radicaux", bref faire revenir l’état de droit sur la Zone qui de fait échappe partiellement à l’État français.

Bref rappel des faits

Depuis plus de 40 ans le projet d’un nouvel aéroport pour Nantes et le "grand ouest" est dans les cartons. Après une longue lutte des habitant.es et paysan.nes du coin, petit à petit le projet est mis en sommeil jusqu’à la fin des années 2000 où un certain nombre de personnes décide de s’installer sur place pour lutter contre le saccage écologique et humain qu’engendre la construction de cet aéroport mais aussi pour défendre une autre vision du monde plus écologique, plus solidaires, et plus anti-autoritaire. Les opposant.es sont très divers.es mais vont réussir à se solidariser les un.es aux autres pour faire front commun contre l’aménagement de la ZAD.
En 2012, Ayraut alors premier ministre et Valls alors ministre de l’intérieur lancent la désastreuse "opération César". Alors que personne ne s’y attend ou presque, l’opération militaro-policière échoue et s’embourbe lamentablement. Un immense courant de solidarité irrigue tout les territoires pour soutenir les irréductibles qui tiennent tête à la gendarmerie mobile. C’est un fiasco militaire et politique.
Depuis, la menace d’expulsion de la zone n’a jamais vraiment disparu et de nombreuses actions, manifestations, info-tours etc. ont eu lieu sur place et à travers toute la France.

Une nouvelle expulsion se profile

Tout dernièrement, BFM annonce le bouclage de la ZAD dès le 17 janvier au matin et on apprend que les premiers mouvements de troupes semblent bouger ce mardi 16 janvier 2018.
Un article d’Ouest France annonce que pas moins de 400 CRS soit cinq compagnies convergent actuellement vers Nantes et Rennes pour "sécuriser" les grandes aglomérations proches de la ZAD. Des hôtels de la région sont réservés pour la semaine par les keufs. Plus loin dans le même article :

Selon une autre source, une vingtaine de compagnies de CRS seraient déjà mobilisées, prêtes à intervenir au moment où tombera la décision.

On fait le calcul pour vous ça fait environ 1600 CRS.
Cela semble être la première étape de l’opération avant l’arrivée des gendarmes mobiles sur la zone elle même.
Un article du Monde daté du 12 janvier 2018 et qui semble bien renseigné parle d’environ

Trente à quarante escadrons de gendarmerie mobile [qui] pourraient être mobilisés pour ce qui s’annonce comme l’une des opérations les plus délicates de son histoire en métropole.

Cela représente environ 2500 militaires.
Le même article évoque la possibilité d’utiliser des blindés que nos camarades d’outre mers ne connaissent que trop bien.
Enfin l’article cite un gendarme :

« Il y aura des blessés des deux côtés, voire des morts », prévient un dirigeant de la gendarmerie.

Difficile de savoir si cela est sérieusement envisagé, si il sagit de "guerre" psychologique ou si la vérité est quelque part entre les deux. Quoi qu’il en soit le gouvernement s’attend à du grabuge et ce genre de déclarations fait froid dans le dos. [2]

Pourquoi s’opposer à cette expusion et que faire ?

De très nombreux arguments contre la construction de cet aéroport du plus inoffensif au plus subversif ont été dévelopés durant ces décennies de luttes. Je vous renvoie aux nombreux articles publiés sur Paris-luttes.info ou sur Zad.nadir.org au cas peu probable ou vous n’auriez jamais entendu parler de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Pour les autres, ce qui semble vraiment déranger le gouvernement ce n’est plus tellement la construction ou non de ce grand projet inutile. C’est ce qui s’y développe déjà en lieu et place.
C’est cette certaine radicalité avec cette certaine méthode qui ont permis de fédérer des gens très différents. C’est prendre le temps de se rencontrer, s’accepter dans nos différences pour lutter ensemble contre un projet qui dépasse de très loin le simple enjeu déjà énorme d’un aéroport.
C’est le contre discours qui s’y développe, une autre agriculture, la possibilité de pouvoir vivre autrement, le symbole - osons le dire - d’un autre monde que représente la ZAD pour de nombreuses personnes.
À l’image des 40 000 personnes qui ont laissé un baton sur place pour revenir si cela devenait nécessaire, nous sommes bien conscients de l’enjeu et du nécessaire rapport de force qu’il faut construire pour répondre au défi.
Nous ne laisserons pas cette expulsion se passer sans réagir.
ZAD partout !

Notes

[1] Le ministre de l’intérieur

[2] Hasard du calendrier, le gendarme responsable de la mort de Rémi Fraisse vient d’être innocenté !

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