Troisième mi-temps à Rouen : Tout le monde déteste la police

La liesse populaire dans les rues de Rouen après la victoire contre la Belgique s’est logiquement transformée en haine de la police, quand celle-ci a, au bout de 20 minutes, décidé d’attaquer la foule présente à l’Hôtel de Ville. Une attaque aussi soudaine qu’incompréhensible pour les fêtards car la flicaille n’était absolument pas en difficulté à ce moment-là. L’action de la police à coup de charges, de grenades lacrymogènes et d’arrestations a provoqué de nombreuses bousculades et de très nombreux blessés. Heureusement elle a aussi provoqué une réaction à la hauteur : barricades, jets de projectiles, feux de poubelles...

Voici les impressions d’un ami, livrées à chaud hier soir :

La joie confuse et ambiguë de voir l’équipe de France gagner a rapidement laissé la place à la détestation de la police. Rapidement des dizaines de jeunes, sans doute plutôt des quartiers, ont chargé les baqueux et tout aussi rapidement les salves du gaz lacrymogène ont rythmé les mouvements de la foule. Il ne faut pas être trop conspirationniste pour croire qu’il fallait absolument mettre fin à cette image d’une foule bigarrée et largement racisée, gueulant sa fierté, arborant des drapeaux français et parfois chantonnant la Marseillaise.
Tactiquement on aurait pu croire qu’il aurait été préférable que les flics attendent un peu avant de mettre la pression. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que le moment de célébration festive a rapidement laissé la place à une situation de tension, d’escarmouches, de jets de bouteilles, de répliques de gaz lacrymogène, d’attaque de flic, etc.
Parmi les moments classiques de pépites : l’O’Kallaghan’s ressemblait à un camp retranché où les jeunes blancs buvaient leur bière derrière des grilles, les entrées protégées par des mastodontes noirs. Ce qui se passait à 10 mètres d’eux semblait leur être absolument étranger, jusqu’au moment où les flics ont balancé des grenades lacrymogènes au sein de cet enclos. Ce fut alors plaisir et joie de voir tous ces gens toussoter et s’exclamer « Mais nous on a rien fait ! ». Mais si, bande de crevards, vous êtes juste en train de boire des coups à l’O’Kallaghan’s dans un camp retranché.
Un autre moment de tension est l’affrontement entre des flics et des jeunes : une bande de loulous racisés s’est mis à brailler la Marseillaise non pas pour montrer qu’elle était intégrée et qu’elle avait appris les premiers couplets de ce chant républicain qui fut jadis révolutionnaire, mais parce qu’il semble bien que la charge offensive de certains couplets avait été comprise par ces chanteurs improvisés qui gueulaient : « Le jour de gloire est arrivé ! Contre nous de la tyrannie, Aux armes citoyens... » tout en balançant des canettes contre des flics.

C’est une évidence, la détestation de la police prend de plus en plus de place dans les têtes et celle-ci s’en rend bien compte. Ainsi, lorsque une partie de la jeunesse se réunit, peu importe le motif, elle devient une force et donc une menace pour les flics qui se donnent comme unique objectif de la détruire.

Alors que la mairie de Rouen avait annoncé qu’il n’y aurait aucun écran géant pendant le mondial, justement pour éviter des rassemblements, ce matin elle annonce la mise en place d’une « fan zone » pour la finale, sur la presqu’île Gervais située à 4 km du centre ville. C’est une manœuvre assez grossière dans le but d’empêcher un second round dimanche autour de l’hôtel de ville.

Est ce que ce dispositif fonctionnera ? RDV dimanche dans les rues de Rouen pour le vérifier.

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