La Gazette des confiné·es #12 - Autonomie alimentaire, contrôle de l’info et carte tricolore

Sauver les apparences quand les faits vous échappent, c’est ce à quoi s’emploient Philippe, Borne et Véran. Sommés par le château de remettre tout en marche, ils occupent sans compter presque tous nos écrans. « Masques et tests manquent ? C’est bien embarrassant. Vite ! publions une carte des départements. Génératrice de stress, c’est l’intention qui compte. Croyez-nous sur parole, elle sera prête à temps. Comme nous aimons la presse, se trouvent à notre adresse les meilleurs « fact-checking » sur le confinement. Cette sélection vous choque ? Vous la dites orientée ? Montrez-nous vos papiers ! Quittez Bure prestement ! »

L’autonomie alimentaire est nécessaire pour sortir du capitalisme

Comme nous l’avions écrit dans un article précédent, la décroissance de l’activité économique nécessaire écologiquement parlant ne peut être mise en place sans penser aux plus précaires qui ont besoin de leurs emplois pour survivre. On retrouve régulièrement cette tension dans l’histoire des luttes écologiques comme en témoigne ce communiqué de presse de la CGT consécutif à la fermeture de la centrale de Fessenheim.
Le manque d’autonomie limite notre force de proposition, notre force de persuasion et même notre capacité à imaginer la possibilité d’une sortie du capitalisme. Pour renforcer le mouvement anticapitaliste, le collectif Laisse béton propose de multiplier les zones d’autonomie définitives (Zad) et de les relier afin qu’elles se soutiennent.

Mais comment construire ces zones d’autonomie ? Certain·es regardent du côté des coopératives intégrales, s’inspirant de celle de Catalogne qui compte plus de 2.000 membres. Elles proposent un socle de coordination et crée des outils collectifs pour de nombreux projets autonomes. Parmi les nombreuses alternatives, on peut aussi citer la coopération intégrale du Berry ou les communautés Longo Maï.

Sur bien des domaines, l’épidémie de coronavirus permet aux dirigeant·es d’avancer leurs pions. En matière de droit du travail, comme nous l’avons déjà vu, mais aussi de contrôle de l’information. La sélection d’articles de presse publiée sur le site officiel d’un gouvernement profondément falsificateur traduit plus une volonté de désamorcer les critiques qu’une reconnaissance du travail journalistique.

Le site utopies-concrètes propose une carte des alternatives et une carte du réseau des sites internet de collectifs et d’informations (attention, page longue à charger).

D’autres regardent vers l’Amérique du Sud, où il y a de nombreuses expériences de réappropriation de terres. Le Mouvement des sans-terre au Brésil compte aujourd’hui 1,5 millionsde membres et est sévèrement réprimé. Mille sept cent vingt-deux militant·es ont été assassiné·es entre sa création, en 1985, et 2017. Ce mouvementexproprie des terres de grands propriétaires pour que des familles de paysan·nes s’y installent, crée des écoles et est organisé selon des principes de démocratie participative.

Mais attention, il y a plusieurs façons de parler de l’autonomie alimentaire : nous ne souhaitons assurément pas la même que des industriels bretons pratiquant l’agriculture intensive qui demandent la suppression de normes environnementales et qui traitent les écologistes de « terroristes alimentaires »... De la même façon, le local n’est pas forcément bon : il peut être identitaire ou émancipateur.

Hors-série sur StopCovid : La Gazette a épluché les arguments « scientifiques » derrière le traçage et ils sont loin d’être convaincants
Vous avez certainement vu passer l’argumentaire de la Quadrature du net contre l’application StopCovidou les arguments contre la numérisation de nos viespar différents collectifs dont Ecran total.

La Gazette s’y met aussi et elle a remonté les sources de l’information derrière le traçage : un unique article publié dans Science que tout le monde cite et qui apporte plutôt des arguments pour dire que le traçage n’est pas efficace !

L’illusion de la toute-puissance de la technique empêche de voir que des gestes simples permettraient de lutter contre l’épidémie.

Lire la suite dans l’articleles raisons d’abandonner l’appli StopCovidsont plus nombreuses que vous ne le pensez.

Le gouvernement trie les « fake news » sur son site : qui se sent morveux se mouche

Sur bien des domaines, l’épidémie de coronavirus permet aux dirigeant·es d’avancer leurs pions. En matière de droit du travail, comme nous l’avons déjà vu, mais aussi de contrôle de l’information. La sélection d’articles de presse publiée sur le site officiel d’un gouvernement profondément falsificateur traduit plus une volonté de désamorcer les critiques qu’une reconnaissance du travail journalistique.

  • Avec Emmanuel Macron, apprenez à distinguer les vraies infos des fallacieuses !

« La crise du Covid-19 favorise la propagation de fake news. Plus que jamais, il est nécessaire de se fier à des sources d’informations sûres et vérifiées. » Ce constat est d’une grande banalité, mais la suite nous a étonné·es. « C’est pourquoi le site du gouvernement propose désormais un espace dédié. » Dans son tweet publié le 30 avril, la porte-parle du gouvernementSibeth Ndiaye fait la promotion d’une revue de presse officielle, jusqu’ici passée inaperçue.

La page « désinfox coronavirus » recense jusqu’au 2 mai seize pages de liens vers Libération, 20 Minutes, l’AFP, France Info et Le Monde. Les articles nous promettent d’apprendre « pourquoi l’OMS ne recommande pas le port du masque à toute la population ? », si « la commande de drones du ministère de l’Intérieur est bien liée au contrôle du confinement ? » ou encore que « non, Emmanuel et Brigitte Macron ne font pas de Jet-Ski pendant le confinement ».

Un paragraphe en petits caractères précise que « sont référencés sur cette page les articles des médias français, depuis le 15 avril, disposant d’une rubrique « fact checking » depuis au moins 2 ans ; d’une équipe fact checking spécialisée ; et d’un accès gratuit au contenu. » Des critères arbitraires qui éliminent Mediapart ou Médiacités, dont l’indépendance éditoriale repose sur le choix du payant. La presse régionale, dépourvue de tels services, n’a pas non plus le droit de cité.

Loin de se réjouir d’une telle reconnaissance, plusieurs journalistes des rédactions concernées perçoivent le piège que représente une assimilation aussi directe au pouvoir.Chez Libération, Laurent Joffrin lui-même assure que la rédaction qu’il dirige a été mise devant le fait accompli. Sans demander la suppression de cette page, il souhaite que les internautes en soient avertis. Sûr de son fait, le Service d’information du gouvernement (SIG) propose au contraire de le contacter, « afin que les articles de votre rédaction soient recensés ».

Libé est d’ailleurs bien placé pour pointer les inévitables biais d’un tel exercice puisque son enquête sur la dissimulation de la pénurie de masques qui met gravement en cause l’exécutif (payant) ne figure pas dans les articles conseillés par le gouvernement. Pas plus qu’un article du service Checknews qui montre que le ministère de l’Intérieur a prétendu à tort que le vélo de loisir était interdit pendant le confinement.

Nous n’épiloguerons pas sur la définition du « fact-checking » et des « fake news », nous en avons déjà parlé dansLa Gazette #10, et elles ont été longuement décortiquées parFrédéric Lordon dans un billet aux airs de pamphlet contre Les Décodeurs publié en janvier 2018. Rappelez-vous des gommettes de couleur attribuées par le « journal de référence » à ses concurrents. Disons simplement que la vérification des faits, un des fondements de l’éthique journalistique, nous anime tout autant pour écrire cette présente Gazette que des titres prétendument « neutres » ou « objectifs ».

  • Le Décodex mettait des notes en couleurs aux sites d’information ce qui a créé un tollé, Fakir étant classé orange par exemple, et les couleurs ont disparu depuis.

En revanche, nous ferons deux remarques.

La première, c’est que ce gouvernement soudain épris de vérité ne cesse d’entraver la liberté de la presse. C’est à la demande d’Emmanuel Macronqu’a été promulguée la loi sur le secret des affaires, consolidant le mur érigé par les multinationales pour se protéger des citoyen·es. Tout comme la loi anti-« fake news », qui élargit les pouvoirs du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ainsi que des plateformes numériques, en bonnes auxiliaires de la censure.

Le Secrétaire d’Etat au Numérique Cédric O a précisé les intentions du pouvoir dans une interview donnée à Reuters en juin 2019.

« Je considère qu’il doit y avoir un Conseil de l’ordre des journalistes, des journalistes entre eux, qui prennent des décisions et qui disent à l’Etat : “Vous devez retirer l’agrément de tel ou tel canard, mettre des avertissements.” [...] S’ils ne le font pas, ce sera l’Etat qui le fera, au bout du bout. »

Dans le même temps, un nombre record de reporters ont été blessés par les forces de l’ordre lors de manifestations sociales. Le collectif Reporters en colère en a recensé 25 pour la seule journée du 5 décembre 2020 blessés, intimidés, empêchés de travailler par des policiers des gendarmes, des magistrats », en un an de Gilets jaunes. Les plus subversifs étant même placés en garde à vue ou convoqués devant la DGSI.

La seconde remarque, c’est que la communication étatique s’insinue désormais dans chaque pores du débat public. Sans parler des relais serviles qui nichent dans les rédactions (lire à ce sujet le communiqué acide du SNJ France TV sur le 20 Heures de France 2), les encarts dans la presse, les spots télé et radio et plus insidieusement les bannières des géants du capitalisme numérique nous ramènent immanquablement vers les consignes gouvernementales.

Quoi que vous cherchiez sur le coronavirus en ligne, les géants du capitalisme numérique vous dirigeront en premier lieu vers le site du gouvernement.


N’êtes-vous pas avertis par Twitter au moindre clic sur le hashtag Covid-19 que pour « connaître les faits, de l’information et des recommandations sont disponibles sur le site officiel du Gouvernement (sic) » ? Une foire aux questions préparée par le gouvernement ne s’affiche-t-elle pas tout en haut sur Google lorsque vous interrogez le moteur de recherche à propos du coronavirus ? Facebook ne vous conseille-t-il pas d’« écouter les consignes de votre gouvernement » quand vous tapez le mot-clé « Sras-cov2 » dans la barre de recherche ?

S’agit-il de se racheter une conduite après avoir accumulé des millions grâce un business de la désinformation ? Ou bien de proposer ses services à l’Etat, dans le contrôle de l’information et des populations ?

Carte de France du déconfinement : un peu plus d’amateurisme pseudo-scientifique

Le 11 mai, le gouvernement prévoit de déconfiner partiellement le pays, avec d’une part des règles qui s’appliqueront partout comme l’interdiction de se déplacer à plus de 100 km de son domicile, et d’autre part des règles qui varieront selon le département, notamment la réouverture des écoles dont nous évaluions le rapport bénéfice risque dans notre précédent numéro.

Une carte du déconfinement est donc élaborée, à la manière des alertes météo. Elle peut changer quotidiennement jusqu’au 7 mai, date à laquelle elle sera fixée pour la semaine du 11 mai, avant d’être ensuite mise à jour une fois par semaine. Promesse de confusion et d’anxiété pour les habitant·es et garantie d’occuper l’agenda médiatique pour les autres. Les rédactions apprécient ces documents prêts à mâcher, à partir desquels leurs polémistes maison peuvent deviser des heures durant. Le gouvernement escomptait afficher son volontarisme, mais s’est pris les pieds dans le tapis.

La première polémique n’a en effet pas tardé. Les agences régionales de santé (ARS) de Corse et du Centre reconnaissent que des départements ont été inclus à tort dans les zones rouges dès la première livraison de la carte. Or, cela signifie pour un territoire que les libertés y seront plus sévèrement limitées.

Jeu des 7 différences entre les cartes du déconfinement du 30 avril et du 2 mai 2020 pour éditorialistes médiatiques. Pour les autres, ces cartes sont inutiles, autant attendre directement la carte du 7 mai...

Cela concerne notamment la Haute-Corse, le Lot (à peine 16 mort·es du Covid, une personne en réanimation) et le Cher (129 mort·es, trois personnes en réanimation). Le critère retenu est en effet le ratio entre le nombre de personnes dépistées et le nombre de venues aux urgences. Or, ce critère est sans doute influencé tout autant par la propagation de l’épidémie que par la propension des gens à venir aux urgences pour des symptômes mineurs (et donc notamment de la disponibilité des médecins traitants, de l’angoisse générée par l’épidémie...), de la politique de l’hôpital concernant les tests de dépistages, mais aussi du nombre de personnes ayant d’autres affections...

Depuis ces critiques, la carte a été rectifiée, mais le mal est fait. C’est une nouvelle preuve d’amateurisme !

On n’oublie pas et on ne pardonne pas Raoult et ses sbires médiatiques qui ont relayé ses falsifications sur la chloroquine

Nous avons choisi après deux articles dans les Gazettes des confiné·es #3 et#5 de ne plus participer à la médiatisation des stupidités de Didier Raoult et de ne plus parler de chloroquine avant l’arrivée d’informations sérieuses quant à son efficacité.

Mais nous n’oublierons pas celles et ceux qui ont mis en avant la chloroquine contre toutes précautions alors que, dès le début, l’on savait que les études concernant la chloroquine n’étaient ni fiables ni concluantes. Notre troisième numéro date du 26 mars etcet article de l’Union communiste libertairea été publié quatre jours plus tard, entre autres exemples.

Il semble de plus en plus se confirmer que les personnes ayant mis en avant la chloroquine ont participé indirectement à la surmortalité du coronavirus car cette molécule aurait plus d’effets délétères que bénéfiques. Attendons encore un peu avant de conclure quoi que ce soit.

Une certitude, on ne joue pas au hasard avec les médicaments comme le rappelle cet article qui fourmille d’exemples d’erreurs de traitements découverts par des essais cliniques sérieux. Ainsi, des prescriptions pour l’infarctus du myocarde, avant d’être vérifiées par des essais cliniques, auraient tué environ 60.000 personnes. En ce qui concerne les essais cliniques pour le coronavirus Sras-cov2, la surmédiatisation de la chloroquine les ralentit car de nombreux·ses patient·es refusent de participer aux essais cliniques qui ne leur garantissent pas d’être traité·es avec de la chloroquine. Ce ralentissement de la recherche peut aussi coûter des vies car si un traitement est bénéfique ou délétère, on le découvrira moins rapidement.

Les unes de Libération et du Parisien du 24 mars et la une de Paris Match du 26 mars 2020 illustrent la folie médiatique autour de la chloroquine et la personnalisation du débat sur ce médicament.

Parmi les gens qui ont participé à la foire médiatique autour de Raoult et de la chloroquine, on peut citer la quasi-totalité des médias dominants (tels que Le Point, Le Monde, Le Figaro), de nombreux pseudo-experts (comme Idriss Aberkane ridiculisé dans des vidéos humoristiques ouMichel Onfray), ainsi que des politiques de tous les bords commeEmmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon etMarine Le Pen.

Il nous semble, même s’il faudrait une enquête approfondie pour le confirmer, que ce sont les réseaux populistes d’extrême-droite qui ont le plus surfé sur la chloroquine comme Valeurs Actuelles en France et bien entendu l’« alt-right » américaine, rangée derrière Donald Trump.

En ce moment, on n’a encore aucune certitude concernant les traitements même si des études commencent à paraître, par exemple sur le Tocilizumab pour lutter contre la tempête de cytokines ou sur le Remdesivir publiée le 29 avril. Ces articles scientifiques doivent être relus - celui sur le Tocilizumab n’est même pas encore paru, il n’y a qu’un communiqué de presse -, reproduits et confirmés par d’autres essais pour que leurs résultats soient considérés comme vérifiés. Ce qui est certain, c’est qu’à l’heure actuelle, il n’y a aucun traitement miracle : par exemple, d’après les études que l’on cite, le Tocilizumab ne serait utile que sur les cas graves et le Remdesivir n’aurait qu’un effet très léger et elles sont beaucoup trop récentes pour s’appuyer dessus. Gardons en tête qu’un traitement, ce n’est pas tout ou rien : pour le Covid-19, il ne s’agira probablement que d’une légère amélioration des probabilités de survie.

Nous sommes conscient·es qu’il est extrêmement compliqué de se plonger dans la littérature scientifique sans formation et d’arriver à trier les informations selon leurs fiabilités. De nombreuses personnes se sont fourvoyées notamment à cause de l’avalanche d’articles et d’informations sur la chloroquine. Comment éviter cela sans aller vers une confiscation de la parole par des expert·es ?

La Gazette mise sur l’éducation populaire, la vérification des sources - nous intégrons systématiquement des hyperliens pour que vous puissiez vérifier nos affirmations - et la relecture collective. Les discussions et débats évitent de se laisser intoxiquer comme on peut l’être seul·e devant son écran. Alors croisez les sources, débattez et doutez des informations que vous lisez !

Psychiatrie, addictologie en temps de Covid19

Comme nous le racontions dans nos précédents numéros, le confinement a des conséquences psychologiques majeures.

Les services de psychiatrie constatentun afflux de nouveaux·elles patient·es, atteint·es d’angoisses ou de bouffées délirantes. Ce message de soutien publié sur Paris Lutte Infoau tout début du confinement le rappelait déjà, la situation est également difficile pour toutes les personnes déjà « psychiatrisées ».


Image provenant du quatrième numéro de Sans remède, un journal alimenté par des vécus et des points de vue sur le système psychiatrique. Leur site internet étant mort, on peut retrouver les numéros un à quatre iciet le numéro cinq là (pdf).

Dans cette tribune d’une psychiatre-addictologue, on apprend que l’accueil des patient·es a été bouleversé dans de nombreux centres ; les personnes addictes à des substances se sont retrouvées à faire des sevrages chez elles, seules ; des AAH (allocations adulte handicapé) ont cessé d’être versées ; des solutions de logement d’urgence ont dû être trouvées, entraînant parfois des ruptures de suivi.

Malgré le confinement et le pseudo-déconfinement qui se préparent, n’oublions pas de prêter attention à nos voisin·es, à nos proches, et même aux personnes que nous croisons dans la rue.

A Bure, la justice s’acharne contre les antinucléaires

Reporterre et Médiapart ont publié une enquête très détaillée sur les moyens déployés par la justice pour enquêter à Bure. Quand on touche au nucléaire, l’Etat français ne recule devant rien pour réprimer les opposants, cela s’est vérifié de nombreuses fois tout le long de l’histoire du mouvement anti-nucléaire français.

On a confirmation dès la première partie de l’enquête que si vous êtes passé·es à Bure lors d’un événement collectif en 2018, votre numéro a été enregistré par un « IMSI-catcher ». Si vous avez vécu à Bure, vous avez même très probablement été la cible d’écoutes téléphoniques.

On apprend dans la deuxième partie de l’enquêteque la gendarmerie a une unité spécifique, avec un écusson, qui comptait au moins cinq officiers de police judiciaire (OPJ) à plein temps entre 2018 et 2019. Le salaire de ces officiers combiné au prix des écoutes est estimé à plus d’un million d’euros (fourchette basse), soit vingt fois le coût des détériorations justifiant ces enquêtes. De nombreux·ses avocat·es trouvent les sommes dépensées complètement disproportionnées.

Finalement, l’Etat n’a pas hésité à mettre sur écoute et à perquisitionner l’avocat et militant anti-nucléaire Etienne Ambroselli, contrevenant ainsi aux droits élémentaires de la défense.

Pour conclure, laissons la parole à celles et ceux qui connaissent le mieux la répression de Bure, c’est-à-dire les personnes qui la subissent. Elles décrivent la justice à Bar-Le-Duc comme un système mafieux qui ne dit pas son nom.


Dans un entretien à Mediapart, Sezin Topçu explique comment les autorités françaises utilisent les sciences sociales pour choisir leurs stratégies de communications afin de marginaliser le mouvement anti-nucléaire.

Pendant ce temps, surfant sur la vague écologique, la propagande nucléaire prétend que l’énergie nucléaire serait une solution contre le réchauffement climatique. Cette offensive est notamment menée par letrès influent Jean-Marc Jancovici. Les arguments écologiques pour défendre le nucléaire - un comble - sont réfutés par le réseau Sortir du nucléaire dans un argumentaire solide (pdf) même si l’on peut déplorer, comme dans beaucoup de publications antinucléaires, l’absence de critique des énergies renouvelables.

Pour éviter de finir dans les petits papiers des RG, protégez-vous

Vous avez flippé en lisant la brève au-dessus ? Voici quelques rappels pour votre prochaine sortie en zone sensible (manif’ compris) qu’on peut aussi trouver sur le site du Réseau d’autodéfense juridique collective :

Présentation du fonctionnement de Tor dans le très complet (et très long) guide d’autodéfense numérique.

Si vous voulez vous organiser en ligne, on vous encourage à consulter ces pratiques de base comme le recommande un article de l’Atelier médiaslibres :

  • Utilisez une messagerie sécurisée (Riseup, Protonmail etc.) et apprenez à crypter vos mèls. Évitez de donner des infos sensibles via Facebook (voir notamment la brochure Face à Facebook), Gmail ou autre...
  • Pour les recherches « à risque » sur le web, utilisez Tor, qui garantit votre anonymat.
  • Chiffrez vos données sensibles sur votre ordinateur.
  • InstallezLinux sur votre PC. Les dernières versions de Windows sont pleines de failles bien pratiques pour l’espionnage... Même si vous utilisez quelques astuces pour vous en prémunir, il est vraisemblable que des infos partent quand même sur leurs serveurs.... Vous pouvez aussi utiliser une session temporaire comme Tails.

Si on ne les arrête pas avant, les capitalistes auront même détruit le ciel étoilé pour faire du profit

Aujourd’hui, il y a environ 5.000 satellites artificiels d’après le Bureau des Affaires Spatiales de l’Onu(anglais) en orbite autour de la Terre. Le projet Starlink du constructeur aérospatial américain SpaceX prévoit d’en envoyer à lui seul 42.000 pour son projet démentiel consistant à fournir un internet à grande vitesse partout dans le monde. Un budget prévisionnel de 10 milliards de dollars lui est alloué...

L’article de Jonathan Bourguignon dans Lundi matinrevient sur les origines hippies des mouvements de hacker·euses libertarien·nes de la Silicon Valley. Ainsi, dans l’imaginaire start-up, la connexion au réseau internet concrétiserait l’interconnexion mentale rêvée par les hippies. Et Elon Musk, avec le projet SpaceX, apporterait la libération et l’éveil aux populations opprimées par des gouvernements qui censurent internet (Wikipédia était interdit en Turquiejusque très récemment et estbloqué en Chine depuis mai 2019 par exemple).

Mais cette fable libertarienne ne peut convaincre que les gens qui se voilent la face sur la réalité des Gafamdont le seul but est le profit et qui n’hésitent pas à investir dans la reconnaissance faciale et dans la surveillance de masse. Et il ne faut pas oublier que le réseau de l’interconnexion s’appuie sur une infrastructure destructrice de l’environnement et que des gens luttent contre celle-ci,comme en Aveyron, à l’Amassada, où l’on propose de trancher le filet / réseau dans un tract contre les éoliennes industrielles (pdf).

Quant à l’utilité d’Internet pour éveiller les consciences, un article publié sur paris-luttes rappelle que 34% du trafic sur Internet vient de la consultation de VoD (vidéos à la demande : Netflix, Amazon Prime, etc..) et que 27 % vient de la consultation de vidéos pornographiques.


Image tirée de l’histoire des débris spatiaux (en anglais).

De plus, les débris spatiaux posent le risque du Syndrome de Kesslerqui prévoit que si trop d’objets sont en orbite autour de la Terre alors les collisions créeront tellement de débris qu’il sera impossible d’envoyer des objets dans l’espace. Ainsi, envoyer autant de satellites en orbite, SpaceLink n’étant pas le seul car Amazon prévoit d’en envoyer 3200 et OneWeb 5200, pourrait faire dégénérer la situation. La solution d’après les agences spatiales ? Mettre encore plus d’objets en orbite, mais cette fois-ci des nettoyeurs de débris ! Il serait peut-être plus simple et efficace d’interdire Starlink et de penser l’espace comme un commun...

Elle était dans la rue le 1er mai : M. expose ses motivations

Une multitude de petites actions se sont égrainées ce 1er mai. Si la consigne passée par les centrales syndicales était d’envahir le web à grands renforts de vidéos et d’applications, des militant·es des causes sociales ont tenu à occuper la rue. En Bretagne, une centaine de personnes ont défilé à Douarnenez, un cortège de voitures est passé devant l’hôpital de Guingamp, drapeaux CGT au vent et une vingtaine de Trégorrois·es (dix selon Ouest-France) ont marqué le coup à Lannion.

Une manifestante nous explique les raisons de sa présence.

D’irréductibles Lannionnais·es ont maintenu par leur présence la continuité historique des rassemblements du 1er mai.

« Je suis plutôt anti-grandes messes, non croyante, mais surtout n’aimant pas la « journée de.. ». Et puis je n’ai pas attendu le confinement pour faire gaffe et soutenir les gens fragiles ! Je ne veux pas engorger les hostos, je ne traîne pas dans les rayons des magasins, en pensant à tous ces hommes, mais surtout toutes ces femmes appelées en « première ligne » (caissières, infirmières, couturières, maîtresses..).

Je me confine plus ou moins, oui, sans me plier en pensant qu’on aurait pu faire mieux avec nos intelligences collectives comme d’hab’, mais dans ce contexte je ne peux - on ne peut, à mon avis - se laisser voler ce droit inaliénable, celui de manifester, qui se gagna en ces 1er mai dans le sang des travailleur·ses, des opprimé·es... Surtout pas avec une reprise déjà bien entamée de nombreux secteurs économiques ; sans parler de ceux, qui, on se demande bien pourquoi, n’ont jamais arrêté (Airbus, pour n’en citer qu’un) !

Ils veulent un déconfinement, sous contrôle, et où c’est encore l’économie qui prime. Tout comme cela explique le délai avant ce confinement total, alors que l’OMS tirait dès janvier la sonnette d’alarme ; mais, comme pour Tchernobyl, la France devait peut-être « être épargnée »...

On ne leur cédera pas ce plaisir moutonneux de leur laisser rênes et de leur faire confiance, tandis qu’ils continuent à passer des lois qui font payer leurs erreurs aux « petits » (mais costauds et nombreux !) avant tout. Déni de démocratie que ces mesures prises unilatéralement comme les jours de congés supprimés chez celleux qui n’ont pas chômé. « Si les travailleur·ses et les postièr·es sont bons pour aller en masse travailler, s’iels sont bons pour qu’on leur supprime jusqu’à dix jours de RTT ou de congés alors iels doivent avoir le droit de manifester le 1er mai. »

Ce confinement n’a pas été le même pour tout le monde : on pense aux femmes et enfants subissant des violences, aux mal (pas)-logé·es, aux prisonnièr·es à l’isolement et sans protection, aux personnes enfermées dans les centres de rétention administrative (CRA) en grève de la faim, et puis... « plus une place en réanimation dans le 93 » et - entre autres - une enfant de cinq ans tuée par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) dans une cité où les droits étendus des policiers rendent les bavures fréquentes, tandis que les plus riches ont retrouvé les maisons secondaires, parfois même les îles privées.

Sinon les « cadeaux d’État » aux entreprises sont bien relancés - 300 milliards d’euros prêtés (garantis), notamment aux plus grandes boites, Fnac, Darty, Air France, etc. Mais ne parlons pas de nationalisation, houla !, même en temps de « guerre ».

Le 1er Mai, des policiers ont verbalisé une action de solidarité à Montreuil et il y a eu des interpellations à Paris. Image : Taha Bouhafs pour Là-bas si j’y suis.

D’où vient tout cet argent, alors que seulement 260 millions d’euros ont été débloqués pour l’hôpital en début de crise. On n’a pas la mémoire courte et l’an dernier une information avait fuité : un projet d’économie de 960 millions d’euros sur les hôpitaux était projeté par notre gouvernement.

Je suis dégoutée face au pseudo mea-culpa de Macron : « Nos soignant·es qui se battent aujourd’hui pour sauver des vies se sont hier battu·es, souvent, pour sauver l’hôpital, notre médecine » Waw ! Alors que les CRS étaient envoyés face aux hospitaliers, comme aux autres, depuis un an qu’iels se battaient, criant à la pénurie « L’État compte les sous, on va compter les morts » (slogan de décembre 2019).

Pouvons-nous nous contenter de quelques applaudissement face à la souffrance, au surmenage, aux tentatives de joindre les deux bouts de ce qui a été un jour gagné mais depuis, toujours détruit : un bon système de santé, assez de lits et de matériel, en mutualisant les coûts ?

Les raisons ne manquent pas et les habitudes de contrôle et de soumissions se prennent si vite... Comme l’habitude des drones au-dessus de la tête pour les Niçois·es entre autres. Que dire aussi de cette nature bafouée dans ce système néolibéral, qui ne peut, elle, être confinée, et qui nous promet des catastrophes, face auxquelles nos inégalités ne feront que se creuser !

Alors je ne vais pas leur faire cadeau de 135 €, comme j’ai tenté de ne pas le faire pendant ces nombreuses manifs interdites (une habitude ces derniers temps), mais non, je ne juge pas, mais je ne « fête » pas ce 1er mai sur mon ordi ou mon balcon (j’en ai pas... de balcon). M. "

P.-S.

Illustration : Les rizières en terrasse des Hani de Honghe (Chine), classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. CC BY-SA 3.0, Jialiang Gao

La Gazette des confiné·es est un collectif ouvert d’ami·es basé·es entre autres à Nantes, Tours et Paris qui souhaitent mutualiser la prise d’informations portant sur la crise du Covid-19 sur internet afin de ne pas rester chacun·e de son côté isolé·e face aux écrans et de nous libérer du temps pour faire et penser à autre chose. La Gazette paraît deux fois par semaines sur La Déviation et le réseau Mutu.

Consultez aussi nos précédents numéros et en particulier La Gazette des confiné·es #10(Émeutes, BlackRock et grève des loyers), et La Gazette des confiné·es #11 (Rentrée des demi-classes, 1er mai et sorties sous surveillance).

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