Sur le « Malaise » au commissariat de Rouen

L’info est passé presque inaperçue et tout a été fait pour qu’elle le reste : quelques lignes dans le journal local pour nous expliquer qu’un homme était mort d’un malaise dans le commissariat central de Rouen.

L’article nous dit juste qu’un homme est décédé dans la nuit du 14 au 15 avril 2020 : "alors que les policiers ont voulu l’interroger après une période de dégrisement, il a perdu connaissance."
Les journalistes ne font que reproduire le communiqué de la préfecture, mettant systématiquement en avant l’âge de l’homme comme s’il était en lien direct avec sa mort.

"Un sexagénaire meurt en garde à vue au commissariat de Rouen" pour Paris Normandie.
"Un sexagénaire trouve la mort au commissariat lors d’une garde à vue" pour Tendance Ouest.

Pas de nom, aucune autre information que son age, ne laissant aucune possibilité pour une autre version que celle de la police. Il faudra se contenter de la version des journalistes/des flics...
A titre de comparaison, une affaire sans intérêt comme celle du vol de masque au commissariat de Rouen par un policier donnera lieu à plusieurs articles avec interviews.
Une autopsie de l’homme mort le 15 avril était prévue pour le 17 avril mais les résultats, une semaine après, n’ont toujours pas été révélés et pas un article ne donne d’explication.
En France, il est fréquent que le mot "malaise" soit utilisé par la police pour expliquer une mort, survenue entre les mains des flics. On pense à Adama Traoré, mort lui aussi d’un "malaise". Mais plus proche de nous, on se rappelle de Cédric, livreur à Paris, mort d’un "malaise" pendant un contrôle de police. Dans les deux cas, l’autopsie ou les vidéos apparus après prouveront qu’en fait, ils sont bien morts des suites des techniques d’immobilisation utilisées par les policiers : plaquage ventral, clé d’étranglement, ce que le jargon policier appelle des gestes techniques.

Rappelons que l’homme mort d’un "malaise" au commissariat de Rouen est le 5e depuis le début du confinement à mourir entre les mains de la police. Vous pouvez lire l’article ici

Une grande tradition au commisariat central de Rouen

Ce n’est pas la première fois que la police Rouennaise se démarque, il y aurait trop d’histoires à raconter, récurrentes. On en choisit une qui se distingue parce que sans doute moins médiatisée et moins connue aujourd’hui :

Le 28 février 1985, à Rouen, cinq jeunes pris en flagrant délit de vol font l’objet des jeux pervers de trois policiers au commissariat de Rouen. L’inspecteur Jean-Marie Dhesse, Pierre Bohers et Claude Pouchin vont humilier les 5 adolescents toute la nuit. Majid a du enduire le sexe de ses camarades au papier carbone « parce que les Arabes sont tous des pédés » dixit le commissaire. Brûlures occasionnées par un stylo que l’on fait tourner sur les doigts, etc. Ils sont examinés par un médecin qui constate de multiples ecchymoses et blessures. Le procureur demande une enquête auprès des services de police, sans résultat. Deux mois après les faits, les jeunes osent enfin porter plainte, soutenus par une association du quartier. Les trois policiers sont inculpés de « coups et blessures volontaires et d’attentat à la pudeur sur des mineurs ». À l’époque des faits, douze inspecteurs avaient été inculpés mais neuf d’entre eux bénéficieront d’un non-lieu. Procès le 17 décembre 87, les avocats des policiers parlent de machination gauchiste de la part de l’association, le but de l’opération étant de discréditer la police française et de l’empêcher de rentrer dans certaines cités, les blessures des jeunes, « une probable automutilation ». Ils demandent l’acquittement. Réquisitoire : quatre ans d’interdiction professionnelle pour J-M Dhesse, 12 à 14 mois de prison pour Pierre Bohers et 15 à 18 mois pour Claude Pouchin. Verdict : Claude Pouchin, 18 mois avec sursis ; P. Bohers, 12 mois avec sursis ; J.M Dhesse, 6 mois avec sursis et 3 ans de mise à l’épreuve ; 8 000 F de dommages et intérêts pour les familles.

Et une grande tradition des quartiers Rouennais

Que ce soit en 1994 pour répondre au meurtre policier d’Ibrahim Sy et ainsi déclencher les émeutes de 94 ou en 2005 pour répondre à la mort de Zyed et Bouna en passant par "l’affaire Théo" en 2017, les quartiers de Rouen ont su répondre présents.
Ces derniers jours, de nombreux quartiers montrent leur soutien aux émeutiers de Villeneuve-la-Garenne. Depuis le début du confinement, les quartiers populaires sont particulièrement pris pour cible par la police à qui l’Etat a donné les pleins pouvoirs le 17 mars dernier.

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