Le Rouvray : Retour et Echappée

Réflexions à propos de la grève à l’HP du Rouvray.

Il y a eu de belles réalisations : l’émergence des Blouses Noires ; la jonction assez directe avec les cheminots grévistes, des dockers, des salariés d’ailleurs ou des hors travail ; les manifestations de rue et les occupations momentanées de lieux de décision ; participation de quelques grévistes à l’occupation « Surgissement » à l’Ile Lacroix ; blocages de grandes voies d’accès sur Rouen notamment avec les cheminots ; accès possible à qui veut soutenir pendant les moments d’information.
Il y en a eu de moins enthousiasmantes : l’auto-violence de quelques-uns entamant cette grève, cette fois de la faim, en substitut probable à une possible « retenue physique » de la direction ; (ce qui a tendu à placer le reste des grévistes en spectateurs de « héros se sacrifiant pour la cause ») et en probable plan de s’offrir en spectacle ; Bingo ! sauf que ça a permis un enrobage retentissant de la grève par le piège médiatique, posant et réduisant – jusque sur les « réseaux sociaux » – la lutte comme « héroïque par la mise en danger de leur vie pour soigner décemment ».

Les divers partis politiques choisissant de les soutenir, attachés à l’existence même de l’institution psychiatrique, s’abstiendront, naturellement, de toute critique même partielle de ce qui s’y pratique concrètement ; ils se tiendront aussi en deçà de l’Etatique « Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté » qui y constate tant d’abus.

Même le prolixe Lordon rejoindra le médiocre refrain du « métier de soignant, un des plus respectés et des plus légitimes dans la société », omettant tout questionnement sur ce métier quand il s’agit, ici, de psychiatrisation des problèmes d’existence rencontrés en ce monde.

Enfin cette triste réalité, ô combien frappante pour toute personne s’étant aventurée pendant la grève dans les allées de l’HP : aucune de ces personnes folles ou pas-folles (mais bien réellement psychiatrisées) ne déambule en ce grand et (tout de même) joli parc de l’HP... d’où cette sensation glaçante – malgré la chaleur climatique – de vide abyssal. [1]

AH ÇA IRA ÇA IRA ÇA IRA LA PSYCHIATRIE À LA LANTERNE !
Ou Ne pas prendre les vieilles frippes de la psychiatrie pour des lanternes !

À qui pense le « bien » et le « mal », la vie et la mort, la paresse et le travail, l’amour et la séparation humaine, les plaisirs et les peines comme d’autres ne les pensent pas
À qui se perçoit tel(le) que d’autres ne le(la) voit pas
À qui entend ce que d’autres n’entendent pas
À qui n’a pas le jugement sur ce monde que d’autres ont
À qui s’ingénie à faire surgir de jouissifs moments et chemins de traverse et qui paraît détecter quelque inspiration parmi les brumes fumeuses psychiatro-psychanalytico-institutionnelles de La Borde, la pomponnant ingénument d’ « expérience de soins horizontaux et auto-gestionnaires ».
À qui, du coup, songerait à y aller « faire une expérience » voire à y aiguiller quelque connaissance traversant un moment de folie ou de trouble existentiel...

Ces évidences de base :

  1. La réalité ultime de la psychiatrie en 2018, c’est encore et toujours la violence des institutions psychiatriques, quelles que soient leurs formes, justifiée par des prétentions scientistes en harmonie avec ce monde.
  2. La réalité de la psychiatrie, de l’archaïque à la psychanalysante, c’est la violence de son rêve, quotidiennement réalisé, d’omniscience et d’omnipotence.
  3. Tout comme la psychiatrie des HP, celle de La Borde matérialise ce rêve en « travaillant les corps et les esprits ». Là aussi les écornifleurs de l’âme agissent à coup de neuroleptiques et autres psychotropes, d’étiquetages fixants, de chocs insuliniques, de classifications, d’électro-chocs sans narcose, de normalisation, de packs. Petite différence sans grande conséquence : au « Château des chercheurs de sens », personnel déblousé et psychiatrisés sont « en soin » par la voie du ménage, du jardinage, du club thérapeutique, du théâtre et de la cuisine...

Si quelqu’un parle à Dieu, il prie. Si Dieu parle à quelqu’un, c’est un schizophrène.

Thomas SZASZ

Diagnostic collé sur la tempe, jugement dernier, Tercian, Diazepine... Ils ont même plus besoin de murs pour nous enfermer, les diagnostics contaminent le vocabulaire.../... L’épidémie psychiatrique bat son plein …/...
Rap de NRBC, Extrait.

Notes

[1Pour lire un récit de la vie sur place, vous pouvez aller voir ici.

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