Rencontre avec le collectif La Chapelle Debout à propos des Gilets Noirs

L’événement est annulé, le collectif devant gérer les problèmes juridiques qui font suite à l’occupation du Panthéon en juillet 2019.

Samedi 21 septembre, à partir de 18h, des membres du collectif La Chapelle Debout viennent à La Conjuration des Fourneaux pour – notamment – raconter les actions qui qu’ils ont faites dans le cadre du mouvement Gilets Noirs.

Vous pouvez trouver sur leur Facebook, un entretien réalisé par La Plateforme d’Enquêtes Militantes qui revient sur la genèse du mouvement. Nous vous en livrons ici quelques extraits.

« Né au même moment que le mouvement des Gilets Jaunes, le mouvement des Gilets Noirs s’est en quelques mois imposé comme un espace de coordination et de lutte autonome pour de nombreux sans-papiers, locataires de foyers franciliens ou sans logement. Après plusieurs actions d’envergure organisées avec le collectif la Chapelle Debout et destinées à obtenir une régularisation collective en négociation avec la préfecture, le mouvement a décidé de s’adresser directement au Premier ministre et d’engager une campagne d’actions, visant à dévoiler et à déstabiliser le système qui, de l’illégalisation à l’expulsion, en passant par l’exploitation au travail, fabrique les sans-papiers. »

Les Gilets Noirs, c'est pas un collectif, c’est un mouvement !

« Après [un] premier rendez-vous à la préfecture, on a fait des AG, notamment à Montreuil à la Parole Errante où on était 700. Une AG en cinq langues, pour décider de la stratégie. On a refait des réunions dans tous les foyers pour que les dossiers soient choisis tous ensemble, non pas sur des critères préfectoraux, mais sur une décision collective. On voulait qu’un dossier de quelqu’un qui était arrivé il y a deux mois soit traité comme ceux des gens qui étaient là depuis 22 ans. Pour accompagner la délégation du 31 janvier, qui était composée de deux Gilets Noirs et d’un membre de la Chapelle Debout, on a organisé une grande manifestation qui partait de la Comédie française jusqu’à la préfecture. On était 1500, on a couru jusqu’à la préfecture, il y avait un cordon de CRS qui a flippé et fermé la porte de 15h à 19h. Le 31 janvier, c’est 1500 personnes qui courent vers la préfecture et qui la font fermer pendant 4 h. Pendant ce rendez-vous, on a aussi remis des textes qui dénonçaient le racisme d’État et plus généralement les conditions d’accueil. On a fait ça pour sortir du cadre bureaucratique classique et apporter un contenu politique. »

« Durant quelques mois, on a appris à se faire confiance en enchaînant les « petites » actions comme des actions anti-déportation, les participations à la manifestation contre le racisme d’État du 16 mars et à celle devant la prison pour étranger.e.s du Mesnil-Amelot près de Roissy. Ça a été nécessaire pour être capables ensuite de faire des actions discrètes massives, illégales, offensives – on pourrait même dire violentes, car l’offensive politique ne se résume pas à casser des vitrines, être 500 sans-papiers à occuper des exploiteurs c’est offensif. On a lancé une campagne, « Gilets Noirs cherchent Premier ministre ». La première action publique de cette campagne, le 19 mai 2019 à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulles, a beaucoup tourné. 500 sans-papiers dans un aéroport qui ne sont pas là pour faire le ménage mais pour se battre, c’est puissant. »

« En fait, on a véritablement créé les Gilets Noirs le 16 mars, je veux dire la formule « Gilets Noirs ». K., qui a choisi ce nom, a dit que s’il y a des Gilets Jaunes, alors il faut que nous soyons les Gilets Noirs. Le 19 mai, à l’aéroportLe 19 mai 2019, 500 Gilets Noirs ont occupé le Terminal 2F de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle pendant plusieurs heures pour exiger la fin des expulsions et dénoncer la collaboration d’Air France dans leur mise en œuvre. Il s’agissait de la première action de la campagne « Gilets Noirs cherchent premier ministre », qui cherche à contourner la préfecture et à établir un rapport de force avec le Premier ministre en vue d’une régularisation globale., le nom a vraiment pris : tout le monde criait « Gilets Noirs ! Gilets Noirs ! ». C’est là qu’on a commencé à recevoir des mails, des textos pour nous demander : « Alors les Gilets Noirs, c’est quoi votre lutte ? ».

Gilets Noirs pour rester en colère et puissants.

« Les Gilets Jaunes est vraiment un mouvement très puissant : tous les samedis, il y avait même l’armée contre les GJ. Nous voulions aussi donner cette puissance au mouvement des sans-papiers, alors nous avons repris le symbole du gilet, simplement le nôtre a été noirci par la colère, parce qu’on vit dans une prison ! On est prisonniers ici : ne pas avoir de logement, c’est une prison, les foyers, ce sont des prisons. Parce qu’on a peu de droits, on nous les supprime tous : plus de salles de prières, plus de salles de réunion, on nous impose nos chambres et notre solitude. Donc Gilets Noirs pour rester en colère et puissants. »

Par ailleurs, Le Collectif La Chapelle Debout se présente ainsi sur son Facebook :

Le Collectif La Chapelle Debout ! n’est lié à aucun parti, à aucun syndicat et à aucune institution de pouvoir. Nous sommes en colère et joyeux-ses. Déterminé-es et ouvert-es.. Nous ne sommes lié-es à aucune « Chapelle » en particulier si ce n’est la station de métro et le quartier qui porte ce nom. Un quartier populaire, un quartier de luttes, un quartier historique des migrations passées et présentes. 

En colère parce que nous sommes révolté-es du sort fait aux étranger-es, aux demandeur-ses d’asile et aux sans-papiers dans ce pays.

Joyeux-ses parce que ça ne nous empêche pas de nous battre avec le sourire. 
C’est même se battre qui donne le sourire.

Déterminé-es parce qu’on n’abandonnera pas. 

Peu importe les murs qu’ils érigeront et la criminalisation de la résistance des migrants, comme de la solidarité que nous leur manifestons. Nous abattrons leurs forteresses de peur et nous couperons leurs barbelés de haine.
A la place, nous bâtirons des ponts.

Ouvert-es, parce qu’on ne demande à personne de tout savoir ou d’être sûr de tout avant de nous rejoindre. On a simplement envie d’avancer ensemble et à égalité, migrant-es et personnes solidaires. Cela signifie aussi qu’il faut selon nous promouvoir la prise de parole des premier-es concerné-es et lutter pour leur autonomisation dans tous les espaces où cela est possible. 

C’est même pour cela que notre présence dérange.
Le Collectif La Chapelle Debout ! est né dans la rue à la suite des très nombreuses évacuations de camps de migrants (30 à ce jour) dans différents endroits de Paris.

Il est le fruit de rencontres, d’échanges et d’actions de femmes et d’hommes de tous les horizons, de nationalités, de milieux sociaux et d’univers très différents.
Des jeunes, des moins jeunes, des qui ont un boulot et d’autres qui en cherchent, des qui parlent farsi, des qui parlent espagnol ou arabe...
Des gens comme vous, qui, dans le monde actuel, sont prêts à faire quelque chose pour que ça ne continue plus comme ça.

Des résistant-es.

Des personnes qui n’auraient pas pu se rencontrer ailleurs que dans un mouvement social.

Dans ces camps de rue et dans les squats, nous avons aidé, mis en place ou participé à :

  • L’organisation de manifestations (à Paris ou à Calais) et à l’accompagnement à l’hôpital d’exilé-es. 
  • L’ouverture de squats, aussi bien qu’au fait de cuisiner ou de distribuer de la nourriture et des habits à des gens qui en ont besoin.
  • La traduction d’assemblées générales et de documents pour aider les personnes « d’ailleurs qui sont ici » dans leurs démarches, comme l’organisation de fêtes.
  • La scolarisation à l’école ou à l’université et l’aide aux migrants-es dans leur parcours d’exil.

Nous menons également des batailles dans les centres d’hébergements, qui sont parfois des prisons, des lieux de rafles où se plaindre du sort que l’on subit peut être synonyme de mise à la rue.

Sous cette perspective il n’y a pas d’opposition entre un soutien dit « humanitaire » et notre engagement politique.

Notre conception de l’accueil fait fi des frontières.
Parce que ce que subissent aujourd’hui les demandeur-ses d’asile est ce que nous subirons toutes et tous demain si nous ne sommes pas vigilants.

Parce que la liberté de circulation et d’installation devraient concerner tout le monde, quelle que soit sa couleur de peau, sa religion ou son genre.

Nous refusons la concurrence des indigences.
C’est pourquoi nous ne faisons pas la distinction entre les pauvres sdf d’ici et les sans-papiers à la rue de « là-bas ».

Nous pouvons être légalistes et c’est pour cela que nous avons participé à la mise en place de plaintes contre les pouvoirs publics.
Mais nous savons aussi ne pas l’être. 

En effet, nous nous autorisons à faire de la désobéissance civile pour que les droits, la justice et la dignité des personnes soient reconnus et acceptés.

On s’adapte à la situation, à la conjoncture et aux montagnes à franchir.

Le Collectif a besoin de vos bras, de votre tête et de vos sous.

De votre tête parce qu’il y a à penser, à élaborer ensemble, entre nous, avec et au contact des exilé-es sur ce qui se passe, sur ce qu’il faut faire et comment il faut le faire pour gagner.

De vos bras parce qu’il y a tellement à faire et que parfois une petite aide, même ponctuelle, même sporadique, même une seule fois, peut apporter beaucoup.

De vos sous parce que comme on ne veut pas dépendre de Manuel Valls, Bernard Tapie, L’Oréal, Jean-Marie Le Pen, Johnny Hallyday ou Sarkozy, on est obligé de dépendre de vous.
Le fric ça nous sert à faire des banderoles ou des tracts bilingues ou trilingues pour informer sur les démarches administratives ou pour mobiliser. Parfois, cela permet de payer des recharges téléphoniques à des migrants, des tickets de métro ou un café. Ou encore à indemniser des avocats lorsque des exilé-es sont poursuivi-es.

Rejoignez nous !

We want you for La Chapelle Army !

Plus on grossit, moins le Pouvoir mange.

Plus on rêve, moins il dort.

Plus on s’agite et plus il tremble.

La tâche à accomplir est immense mais nos armes sont aussi lourdes que l’Espoir.

« Merci de porter avec nous le fardeau de cet espoir. » Mahmoud Darwish

« En ce moment que ça nous plaise ou non, l’Humanité c’est Nous. » Samuel Beckett

Vous pouvez enfin avoir des infos sur le mouvement Gilets Noirs en suivant le facebook Les Gilets Noirs en lutte.

Rendez-vous donc le 21 septembre à partir de 18h, la rencontre sera suivie d’un repas à prix libre en soutien au mouvement.

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