Joyeuse Saint-Valentin !

Dans un livre intitulé Saint Valentin, mon amour ! paru en janvier 2017,l’historien et sociologue Jean-Claude Kaufmann raconte la Saint-Valentin des temps anciens.

Il décrit notamment un culte de l’ours, au Moyen-Age, animal considéré comme le plus proche de l’homme et ayant une sexualité débridée. Chaque année, en février, certainement pour vérifier cette théorie, des hommes se déguisaient en ours, pour « chasser » les femmes. Ils les pourchassaient puis les enlevaient pour les emmener de force dans leur « tanière ». Sur place, les victimes subissaient toutes sortes de supplices et de viols. Mais ces « journées de l’ours » n’étaient qu’une version déjà adoucies de fêtes antiques plus anciennes dans lesquelles il s’agissait alors de « purifier » les femmes en leur fouettant les fesses ou le ventre pour s’assurer de les rendre fécondes.

Alors que le monde (occidental) fête les amoureux à renforts de clichés rouges et niais et pour une économie toujours florissante, une autre réalité se rappelle à ce monde douceureux et marchand : le couple traditionnel est aussi le lieu de la domination par excellence, une domination non choisie qui peut devenir létale.
L’année 2019 recense par exemple 149 femmes tuées par leur compagnon ou ex-compagnon.

Mais le féminicide est la partie émergée de l’iceberg. Et la plus spectaculaire. La violence faite aux femmes dans notre société est plus ancrée et plus quotidienne. Virginie Despentes, dans King-Kong Théorie, définit ainsi ce qu’on attend de la femme aujourd’hui :

l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toute façon je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas.

Il ne s’agit donc pas d’une question de justice et de lois, mais bien de ce que socialement on continue à entretenir comme caractéristiques féminines et masculines. Puisqu’une femme est un objet à modeler, alors on peut la violenter, l’abîmer, la détruire.

Au Grenelle des violences conjugales, on prérérera donc les collages contre les féminicides, organisés par différents groupes dans toute la France, et qu’on peut voir dans plusieurs endroits de Rouen également, qui rappellent à tous ce que l’amour fait, aussi, aux femmes.

Le triomphe de l’amour et de la liberté sexuelle signa l’entrée de l’économie dans la machine du désir. L’imbrication du désir, de l’économie et de la valeur personnelle (la valeur que l’on s’accorde et celle que les autres nous accordent) constitue l’une des principales transformations des relations sexuelles dans la modernité. Dans son effacement même, c’est l’économie qui vient désormais hanter le désir. Je veux dire par là qu’une compétition sexuelle généralisée transforme la structure même de la volonté et du désir, et que le désir revêt les propriétés de l’échange économique : il se trouve alors régulé par les lois de l’offre et de la demande, de la rareté et de la surabondance.

Eva Illouz, Pourquoi l’amour fait mal, 2012.

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